Le chemin de l’oubli, 1904
Déclin
JE suis venu trop tard en des âmes vieilliesQue mon crédule amour ne pouvait rajeunir.Le rêve était glané, les fleurs étaient cueillies ;Je me croyais l’espoir, j’étais le souvenir.
Ma tendresse éveillait de furtives tendresses ;Je troublais un moment des cœurs vite apaisés :Les corps s’étaient donnés de toutes leurs caresses,Et les bouches avaient rendu tous les baisers.
Je venais quand l’amour n’est plus tout dans la vie,A l’heure où le cœur doute et s’est connu changeant ;Et je voulais n’aimer qu’une femme asservieAux caprices jaloux de mon rêve exigeant.
Et voici qu’à mon tour j’ai perdu ma jeunesse,Et je ne sais plus croire à qui m’a trop menti.Je ne regrette rien ; sans espoir qu’il renaisse,Je souris au passé d’un sourire averti.
Mais, à force d’errer autour des âmes closes,J’ai compris qu’il faut bien un jour se refermer :Les choses m’ont manqué plus que mon cœur aux choses,Et j’aurai, sans bonheur, passé le temps d’aimer.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources