Le plaisir des jours, 1914
Le Petit Train
Au long du talus verdissant,Le vieux petit train, hors d’haleine,Va, vient, toujours monte ou descend,Entre la colline et la plaine.
Sitôt qu’il arrive, il repartEn soufflant très haut sa fumée,Toujours un peu plus en retard…Il n’a pas d’heure accoutumée.
Il va, comme les promeneurs :Il flâne, il paresse avec oie,Pour mieux vous faire les honneursD’un verger qui borde la voie.
Les jardins laissent retomberSur lui leurs roses entr’ouvertesQu’on s’égratigne à déroberA la pointe des branches vertes.
Tranquille, aux rameaux des buissonsOù son nid printanier s’accroche,L’oiseau redouble ses chansonsAu lieu de fuir quand il approche.
Rien ne daigne plus s’effrayer,Le feuillage à peine frissonne :Car c’est un passant familierQui ne dérange plus personne…
Grinçant, soufflant, s’époumonant,Sous le tunnel en fleur des branches,Le train siffle au dernier tournant…Je reconnais deux robes blanches.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources