Le plaisir des jours, 1914
Litanies
PRINTEMPS, je veux dire en mes versTous tes verts,Les jeter, pêle-mêle,Gaîment, l’un sur l’autre, sans art,Au hasardDe la rime jumelle !…
Vert des prés et vert des rameaux !…Tous les motsDont la couleur est verte,Je les veux cueillir, tour à tour,A l’entourDe ma fenêtre ouverte.
Vert, là-bas, du blé jaunissant !…Vert puissant,Sur les fortes épaulesDu chêne immense !… Et vert, dans l’eau,D’un bouleauQui tremble entre deux saules !
Vert sombre du lierre immortel !…Vert pastelD’un érable sensible !…Vert d’un oranger qui fleuritEt mûritSon fruit d’or impossible !…
Vert précoce du marronnier !…Vert dernierDes plantes exilées !…Vert de la mousse autour du puits !…Vert du buisQui borde les allées !…
Vert des rosiers partout grimpantsSur les pansDe la muraille grise !…Et, déjà, dans le vert légerDu verger,La première cerise. !…
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources