Le plaisir des jours, 1914
Dans la Lumière
Au penchant du coteau, dans les herbes grimpantes,Nous nous sommes assis, les mains à nos genoux…Muets, nous écoutons bruire autour de nousLe vent frais qui toujours coule le long des pentes.
Les grâces du printemps sont nouvelles encor…Renoncules des prés, genêts, fleurs de cytiseBrillent d’un jaune éclat que le soleil attise :C’est la claire saison des paysages d’or.
Nous sommes là, tous deux, sans pensée et sans rêve,Immobiles, les yeux éblouis doucement…Notre amour est en nous comme un enchantementOù se prolonge, au loin, cette minute brève.
Je ne tiens même pas ta main entre mes doigts,Et cependant je sens mon âme dans la tienne :Je sais qu’il n’est en toi rien qui ne m’appartienne,Car nous sommes chacun l’un et l’autre à la fois.
Et, dans cette lumière et dans le vent qui passe,Au milieu de l’océan bleu de ce beau jour,Pleins du premier bien-être éperdu de l’amour,Nous sentons notre cœur plus large que l’espace.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources