Le plaisir des jours, 1914
Ne crains rien
TOI -MÊME, brusquement, sans être sûre encoreNi de toi ni de moi,Avec ce clair visage en fleur qui se décoreDes roses de l’émoi,
Toi-même, franchement, quand j’aurais craint l’offenseD’effleurer tes cheveux,Tu m’as dit : « Je suis.seule et je suis sans défense,Je veux ce que tu veux…
« J’ai confiance en toi, prends mes yeux, prends ma bouche,Sans aveu ni serment…Mais sache que je crois, si ta lèvre me touche,Que tu m’aimes vraiment.
« Tu n’es plus un enfant hâtif que l’amour grise…Avant de t’engager,Pour toi comme pour moi, redoute la mépriseD’un désir passager.
« Rentre bien en ton cœur, vois ce qu’il peut en êtreDe notre double espoir…Tu te dois, tu nous dois même de me connaître,Il te faut tout prévoir.
« Je me connais si mal, j’ai tant d’insouciance :Tu dois avoir pour deux.Contre moi, s’il le faut, la cruelle scienceDes rêves hasardeux… »
Ne crains rien, j’ai compris de quel scrupule tendreTu me voulais vainqueur…Tu n’as pas dit les mots, mais j’ai cru les entendreQui montaient de ton cœur.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources