Le plaisir des jours, 1914
Hésitation
RESTONS ainsi longtemps, mon visage fiévreuxContre ton frais visage aux sourires heureux :Car je ne te vois pas, mais je te sens sourire…Je t’ai là près de moi dans l’ombre ; je respire,Les yeux clos, le parfum qu’à chaque battementTon sein autour de toi ranime doucementEt qui monte des plis de ta robe entr’ouverte.Ta main sur mes genoux peu à peu s’est offerteEt remplit maintenant ma main qui l’espérait.Mon désir, malgré toi, gagne ton corps secret ;Tu tressailles ; depuis que ta main s’est donnée,Ta tendresse est plus grave et plus abandonnée…Mais non, je ne veux pas surprendre mon bonheur,Avant que mon désir ait passé par ton cœur.J’attends mieux qu’un baiser de hâte et de folie ;J’aurais peur de te voir regrettante et pâlieMe reprocher des yeux, silencieusement,Le trouble passager de ton consentement.Je saurai, s’il le faut, me priver de ma joieJusqu’à l’heure où ton corps de lui-même se ploieEt vienne éperdument sous mes lèvres blottirUn amour assuré d’être sans repentir.
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources