Le plaisir des jours, 1914
Prière
DOUCEUR de vivre, ô toi qui peux être si douceA la pensée, au cœur, aux yeux !…Ah ! que le temps me laisse une âme où rien n’émousseL’étonnement délicieux !
Qu’elle reste à jamais capable d’être éprise,De sourire, de se donner,Et qu’indulgente, même à ceux qu’elle méprise,Elle ait l’orgueil de pardonner.
Qu’importe que, peut-être, elle soit méconnueDes envieux, des faux amis,Pourvu que, tout entière, elle s’offre ingénueAux bonheurs qu’elle sait permis ;
Pourvu que, joie ou peine, ardemment tout l’émeuveEt que, tendre comme au passé,Elle se trouve encore, un soir, candide et neuve,Devant un visage lassé !
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources