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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le plaisir des jours, 1914

Souhait

André Rivoire· 56 vers

CE ne sont que des vers heureux ;Et je voudrais que, pour les lire,Ne viennent se pencher sur euxQue des visages de sourire.

Je sais que, trop souvent, hélas !Le bonheur des autres offense :Tant de cœurs sont tristes et las,Et tous ces cœurs sont en défense !

Ils s’irritent à leur insu— Tout les importune et les blesse —Pour un amour qui fut déçu,Pour un espoir qui les délaisse.

Ils se refusent à guérir,Ils repoussent qui les délivre,Et, parce qu’ils ont cru mourir,Ils ne veulent plus jamais vivre…

Et pourtant qui n’a pas souffert ?Quel enfant n’a vu méconnaîtreLe trésor d’un amour offertQu’il apportait de tout son être ?

Quel vieillard ne cache, ignoré,Dans un coin sombre de sa vie,Le cher regret longtemps pleuréD’une tendresse inassouvie ?

Qui ne fut le pauvre amoureuxA qui la femme fut changeante ?…C’est tout ce passé douloureuxQui doit faire une âme indulgente :

Tôt ou tard, il arrive un jourOù celui qui voulut survivreSent un grave, un profond amourQui le pénètre et qui l’enivre.

Il faut garder pour ce jour-là,Malgré trahisons et détresses,Un cœur que rien ne dépeuplaAux bras inconstants des maîtresses.

Comme, alors, sont vite effacésLes fantômes de la mémoire !…Tous les inutiles passésSemblent morts, à ne plus y croire :

On se rappelle seulement,Comme on ferait d’un mauvais songe,Sans amertume, sans tourment,Les nuits de fièvre et de mensonge.

On plaint ceux qui n’ont su choisirEt qui, de caresse en caresse,Ont dédaigné pour le plaisirLes yeux divins de la tendresse…

Ah ! pour ceux-là, pour les absentsDu bonheur, de la douce vie,Je voudrais trouver des accentsQui leur donnent la bonne envie…

Puissé-je être l’ami pour euxQue, sans savoir, leur cœur réclame,Et puisse l’amour d’être heureuxPasser de ces vers dans leur âme !

56 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources