Le plaisir des jours, 1914
Travail
JE travaille. Tu vas et viensDe l’autre côté de la porte.J’entends ta voix ; je me souviens :Comme la maison était morte !
Mon cœur était vide et lassé ;Mon âme avait froid d’être nue ;Que le silence était glacéAvant le jour de ta venue !
Je me souviens ; j’entends ta voix :On dirait que les choses mêmes,Indifférentes autrefois,Me sourient depuis que tu m’aimes.
Ta main douce a passé par là :Ces jours tristes, quand donc était-ce ?…En vain je pense à tout cela :Je ne trouve plus ma tristesse.
Je cherche en moi ; je ne crois plusQue j’ai pu vivre une autre vie :Tant de désirs irrésolus,Tant de tendresse inasservie !
A quoi bon l’effort d’y songer ?Vers la table mon front se penche,Et des mots viennent voltigerAlentour de la page blanche,
Des mots tendres et lumineux,Des mots où l’espoir se déploieEt qui voudraient porter en euxTout l’amour et toute la joie !
Je pense à toi… Je pense à.nous…Un souffle printanier m’évente…Comme ce clair matin est doux !Comme la maison est vivante !
La porte s’ouvre, à ce moment :Notre cœur dans nos yeux se toucheEt toi, silencieusement,Tu passes, un doigt sur la bouche.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources