Le songe de l’amour, 1900
Une Fleur
CETTE fleur que ses mains, que sa lèvre a touchéeEt qu’elle a faite sienne entre toutes les fleurs,Aujourd’hui sans parfum, sans forme et sans couleurs,En un livre d’amour repose desséchée.
Elle-même l’ignore ; elle n’a jamais su.En l’oubliant, distraite, après l’avoir cueillie,due Je conserverais la chère fleur vieillie,Et c’est un souvenir que je n’ai point reçu.
Je me suis caché d’elle, et j’ai craint le mystèreEntre nous d’un reproche ou même d’un pardon ;En laissant près de moi la fleur à l’abandon,Peut-être sa pitié fut-elle involontaire.
Je ne sais rien de plus, mais je songe parfoisQu’aux soirs de solitude, en ses rêves de femme,Un peu de moi, peut-être, a fleuri dans son âmeComme cette fleur vaine a passé dans ses doigts.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources