Les vierges, 1890‑1894· Les langueurs et paresses
Le Livre
SUR l’étagère, en un pêle-mêle fantasque,Le livre aux fermoirs d’or, qui doivent rester clos,Traîne, comme oublié parmi les bibelots,Entre les Sèvres fins et les tambours de Basque.
La Vierge est sans parole, et ses yeux sont lointains ;L’ombre est douce, et son cœur se berce au fil de l’heure ;Mais voici qu’un murmure invisible l’effleureDe dangers pressentis parmi les bruits éteints.
C’est du livre, où l’amour chante aux vers du poète,Qu’émanent ces langueurs dans l’air plus caressant ;Et la Vierge rougit, tourne la tète, et sentRôder un charme étrange en sa chambre inquiète.
12 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources