Les vierges, 1890‑1894· Les langueurs et paresses
Le Traîneau
VERS sa mante aux longs plis penchant sa tête blonde,La Vierge en son manchon cache ses doigts frileux ;Et, sur la neige blanche aux pâles reflets bleus,Le traîneau fuit, comme une barque au fil de l’onde.
Sans voir les arbres nus qui bordent le chemin,Elle écoute, en un rêve ; — et des appels de féesChantent, parmi la bise aux rumeurs étouffées,Près du traîneau, que pousse une invisible main.
Or, toujours fuit la plaine, et l’horizon recule ;La neige tombe ; et, sous la paix des cieux pâliLa Vierge au loin croit voir, éclos comme un grand lis,Monter un palais blanc parmi le crépuscule.
12 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources