Les vierges, 1890‑1894· Les langueurs et paresses
Reflets lointains
Au bord des monts coupés de sanglantes entailles,Le soleil d’or chancelle à l’horizon blessé ;Puis, lentement, dans l’air plus froid, s’est affaissé,Laissant au ciel de pourpre un reflet de batailles ;
La Vierge souriait au soir éblouissant ;Mais, très douce, en son rêve, une pitié s’éplorePour les yeux des mourants que nul ne viendra clore,Tandis qu’aux cieux éteints la nuit pâle descend.
Un frisson court dans l’ombre en son âme épeurée ;Elle penche la tête et ferme ses yeux las ;Et voici que, tintant son chant funèbre, un glasPleure un mort inconnu, — qui l’aurait adorée.
12 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources