Les vierges, 1890‑1894· Les extases
Âmes vaines
A Guillaume Lekeu.
Si frêle, que l’amour n’oserait l’effleurerD’un désir sacrilège, ou d’un espoir profane,Sans voir que chaque jour un peu d’elle se fane,Elle rêve aux bonheurs qu’elle doit ignorer.
Elle vit dans l’attente exquise des caresses ;L’extase des espoirs transparaît dans ses yeux, —Espoirs des aveux lents et des chastes paresses,Dans l’alanguissement des soirs silencieux.
Elle ne pressent pas que son heure est venue… —Peut-on mourir avant de s’être souvenue ? —Et, toute aux chers émois que son cœur s’est promis,Tandis que la nuit monte en ses yeux endormis,Dans sa candeur de Vierge attendant qui la cueille,
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources