Les vierges, 1890‑1894
Sur un exemplaire des « Vierges »
CE livre est comme un cimetière délaisséOù dorment pour moi seul des mortes inconnues…Les banales pitiés n’y sont jamais venues ;J’ai couché là, candide et frêle, mon passé.
Puis mon regret, après mon rêve, s’est lassé…La mousse et l’herbe ont envahi les avenues,Où, çà et là, j’épelle aux croix des tombes nuesLe mystère d’un nom pour moi-même effacé.
Purs souvenirs lointains dont la douceur me navre !…Tendrement, pour ensevelir chaque cadavre,J’ai tissé de lin blanc la toile du linceul,
Et j’ai bordé le lin de fragiles dentelles…Mais quoi ! le passé passe, et je suis triste et seul…O mes mortes, en qui ressusciteront-elles ?…
1898.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources