Les Vies Encloses, 1896· Le soir dans les vitres
X. « Aux heures de soir morne où l'on voudrait mourir »
Aux heures de soir morne‖ où l'on voudrait mourir,Où l'on se sent le cœur‖ trop seul, l'âme trop lasse,Quel rafraîchissement‖ de se voir dans la glace !Eau calme du miroir‖ impossible à tarir ;On s'y oublie ; on y‖ dérive ; on y recule…Oh ! s'en aller dans le‖ miroir réfrigérantPérir un peu comme en‖ une eau de crépuscule,Une eau stagnante, une eau‖ sans but et sans courantOù le visage nu‖ sombre à la même place.On se poursuit soi-même,‖ on se cherche, on se perdDans le recul, dans la‖ profondeur de la glace ;On s'y découvre encor,‖ mais comme recouvertD'une eau vaste et sans fin,‖ à peine transparente,Qui fait que l'on se voit,‖ mais pâle et tout changé :Visage qu'on aura‖ malade ou très âgé,Visage tout‖ simplifié qui s'apparente,Silencieux, avec‖ celui qu'on aura mort…Le soir de plus en plus‖ en submerge l'imageEt l'enfonce comme une lune‖ qui surnage,Et l'affaiblit‖ comme les sons mourants d'un cor.Visage en fuite et que‖ toute l'ombre macule,Visage qui déjà‖ se semble avoir finiD'aller jusqu'à l'enlisement‖ dans l'infini.Ô ce jeu du miroir‖ où soi-même on s'annule !
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Rimes
- 4[abba] 2[abab]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Mots à la rime
- a mourir / tarir masculine, classiqueb lasse / glace féminine, classiquec recule / crépuscule féminine, classiqued réfrigérant / courant masculine, classiquee place / glace féminine, classiquef perd / recouvert masculine, classiqueg transparente / s'apparente féminine, classiqueh changé / âgé masculine, classiquei mort / cor masculine, non classiquej l'image / surnage féminine, classiquek macule / s'annule féminine, classiquel fini / l'infini masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.0· écart moyen à la rime classique 0.4
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vies Encloses, Paris, BIBLIOTHÈQUE CHARPENTIER, 1896· numérisation poesies.net· Sources