Les Vies Encloses, 1896· Le soir dans les vitres
IX. « Le soir quotidien descend »
Le soir quotidien descendDans les vitres qu'il décompose ;
On y voit s'évanouissantComme un encens sur une rose.
C'est un funèbre et bref conflitDans les vitres, lasses d'attendre.
Enfin le destin s'accomplit,Pauvres vitres pleines de cendre…
Et le soir qui manigançaitDans la demeure enfin pénètre.
Ombre unanime déjà ! C'estComme une mort dans la fenêtre.
C'est la fin d'un règne ; ou c'est-ilUn pressentiment de veuvage,
Un apprentissage d'exil,Un commencement d'hivernage ?
Soir affligeant ! On sent enfinQu'on est trop seul, qu'on ne vit guère,
Humain à peine et trop divin !Et que l'Art est un reliquaire
Où l'on enclôt son cœur vivantDans un tombeau de pierreries.
Ah ! vivre ! le soleil, le vent,La mer, les arbres, les prairies ;
Les lèvres et les seins aussi !Un amour, un but, un calvaire !
Pas toujours ce destin transi,Cette solitude sous verre.
Mais n'est-on pas ainsi déjà— Espoir de gloire moins précaire ! —
Le saint qui pour soi s'ouvrageaDe son vivant, un reliquaire ?
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 8[abab]
- Mètre
- Octosyllabes
- Mots à la rime
- a descend / s'évanouissant masculine, classiqueb décompose / rose féminine, classiquea conflit / s'accomplit masculine, classiqueb d'attendre / cendre féminine, classiquea manigançait / C'est masculine, classiqueb pénètre / fenêtre féminine, classiquea c'est-il / d'exil masculine, classiqueb veuvage / d'hivernage féminine, classiquea enfin / divin masculine, classiqueb guère / reliquaire féminine, classiquea vivant / vent masculine, classiqueb pierreries / prairies féminine, classiquea aussi / transi masculine, classiqueb calvaire / verre féminine, classiquea déjà / s'ouvragea masculine, classiqueb précaire / reliquaire féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
32 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vies Encloses, Paris, BIBLIOTHÈQUE CHARPENTIER, 1896· numérisation poesies.net· Sources