Les Vies Encloses, 1896· Les malades aux fenêtres
X. « La maladie atteint aussi les pauvres villes »
La maladie atteint‖ aussi les pauvres villes…
Telles vont dépérir‖ d'un mal confus et doux ;À peine elles naissaient ;‖ mais leurs cloches débilesSont comme les accès‖ d'une petite toux…
D'autres souffrent, sans se‖ plaindre, d'avoir sans trêveL'ombre d'un vieux beffroi,‖ sur elles, qui les grève.
D'autres sont simplement‖ des vieilles déclinant,Celles d'un temps fini,‖ celles qui sont âgées,Et dont les eaux, parmi‖ leur silence stagnant,Gardent tant de reflets‖ qui les ont imagées.
Il en est que naguère‖ abandonna la merComme un grand amour qui‖ tout à coup se retire ;Et, depuis ce moment,‖ ces villes ont un airDe se survivre,‖ en appelant quelque navire.
Dans telles, c'est comme une‖ odeur de vermoulu ;Dans telles, c'est toujours‖ comme s'il avait plu.
Il en est de plus infirmes que des aïeules,Dont les murs ont des blancs‖ de linges démodésEt des noirs de robes de veuves‖ vivant seules.
Celles aux murs perclus,‖ aux pignons lézardésOnt sur elles comme des rides‖ de vieillesse.
Celles, jeunes encor,‖ dont la croissance cesse,Celles aux terrains nus‖ où l'on ne bâtit pas,Souffrent du mal secret‖ de devenir pubères ;C'est leur sang qui palpite‖ au pouls des réverbères ;Et dans la tour qui ment‖ à l'espoir du compas,Dans l'église qui reste‖ inachevée et vaine,C'est leur propre existence‖ aussi qui s'interrompt.
Telle ville dolente‖ est toujours en neuvaine,Lieu de pèlerinage‖ où l'on signe son front.L'une décline et meurt‖ d'une lente anémie ;L'autre est pâle à jamais‖ de quelque épidémie.
Une autre est comme‖ une paralytique, sansLa souplesse et la joie‖ en elle des passants.
Telles, leur maladie‖ est d'être en proie aux pioches,Les amputant de leurs‖ vieux pignons, mutilantLeurs briques dont le rouge‖ est tout sanguinolent ;Telles, leur maladie‖ est d'être en proie aux cloches,Et, dans leur calme et leur‖ silence monacal,Le cadran du clocher‖ a l'air d'une tonsure.
Il en est qu'affaiblit‖ un jet d'eau verticalEt qui souffrent de lui‖ comme d'une blessure…
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 6[abab] 5[aa] 2[abba]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6÷6
- Strophes
- 8 quatrains, 5 distiques
- Mots à la rime
- a villes / débiles féminine, classiquea doux / toux masculine, classiquea trêve / grève féminine, classiquea déclinant / stagnant masculine, classiqueb âgées / imagées féminine, classiquea mer / air masculine, classiqueb retire / navire féminine, classiquea vermoulu / plu masculine, classiquea aïeules / seules féminine, classiqueb démodés / lézardés masculine, classiqueb vieillesse / cesse féminine, classiqueb pas / compas masculine, classiquec pubères / réverbères féminine, classiqued vaine / neuvaine féminine, classiquee s'interrompt / front masculine, classiquec anémie / épidémie féminine, classiquea sans / passants masculine, classiquea pioches / cloches féminine, classiqueb mutilant / sanguinolent masculine, classiquec monacal / vertical masculine, classiqued tonsure / blessure féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vies Encloses, Paris, BIBLIOTHÈQUE CHARPENTIER, 1896· numérisation poesies.net· Sources