Les Vies Encloses, 1896· Les malades aux fenêtres
IX. « Le malade pensif est si loin de la vie »
Le malade pensif‖ est si loin de la vieEt pour ses yeux la vie‖ autrement signifie ;Comme tout s'est fané‖ soudain, et quel recul !Il voit dans leur aspect‖ d'éternité les choses.Était-ce bien la peine‖ alors d'aimer les roses ?Et comme tout, vraiment‖ presque tout, semble nul !
Il est si loin, si par‖ delà le paysage ;Si haut, comme monté‖ sur un clocher sans âge,Comme enfin parvenu‖ parmi de vierges monts.Ah ! qu'il prend en pitié‖ tout ce que nous nommonsNos passions, nos buts,‖ nos devoirs, nos mobiles ;Que les arbres, en bas,‖ lui paraissent débiles !L'amour ? Frivole jeu !‖ Vain espoir d'être aimé !Vouloir toujours dans son‖ âme le temps de mai !Comme on s'acharne après‖ cette folle chimèreDe se sentir, avec‖ un autre, congénère,De ne plus être seul,‖ ni deux, mais un enfin…Rêve illusoire ! On est‖ deux miroirs face à faceSe renvoyant‖ quelques reflets à leur surface…Ah ! s'être, fût-ce un jour,‖ réalisé divin !Avoir enclos‖ l'éternité dans des minutes !Mais c'était se vouer‖ à d'impossibles luttes,Car on ne peut pas faire‖ avec deux corps un cœur,On n'entre pas de force‖ ainsi dans le bonheur !Vanité que tous ces‖ essais de bucolique,Ces fièvres, ces baisers,‖ ces brèves pâmoisons,D'où l'on sort vide‖ et vraiment trop mélancolique.
Quant aux quotidiens‖ conquérants de toisons,Futile aussi,‖ leur appétit de renommée.(La gloire ? écrire un peu‖ son nom dans la fumée !)Ah ! combien vains tous ces‖ ambitieux cabrésPour être les chevaux‖ vainqueurs dans la revue.Est-ce la peine aussi ?‖ Vaut-il qu'on s'évertueVers des arcs de triomphe‖ aussitôt délabrés ?
L'orgueil, l'amour, autant‖ d'inutiles trophéesDont se faire un moment‖ des tombes attifées.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 10[aa] 3[abba] 1[abab]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Mots à la rime
- a vie / signifie féminine, classiqueb recul / nul masculine, classiquec choses / roses féminine, classiquea paysage / âge féminine, classiqueb monts / nommons masculine, classiquec mobiles / débiles féminine, classiqued aimé / mai masculine, classiquee chimère / congénère féminine, équivalentef enfin / divin masculine, classiqueg face / surface féminine, classiqueh minutes / luttes féminine, classiquei cœur / bonheur masculine, classiquej bucolique / mélancolique féminine, classiquek pâmoisons / toisons masculine, classiqueb renommée / fumée féminine, classiquec cabrés / délabrés masculine, classiqued revue / s'évertue féminine, classiquea trophées / attifées féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vies Encloses, Paris, BIBLIOTHÈQUE CHARPENTIER, 1896· numérisation poesies.net· Sources