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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Dans Les Brandes, 1877

A travers champs

Maurice Rollinat· 23 quatrains, octosyllabes, 92 vers

Hors de Paris, mon cœur s'élance,Assez d'enfer et de démons :Je veux rêver dans le silenceEt dans le mystère des monts.

Barde assoiffé de solitudeEt bohémien des guérets,J'aurai mon cabinet d'étudeDans les clairières des forêts.

Et là, mes vers auront des notesAussi douces que le soupirDes rossignols et des linottesLorsque le jour va s'assoupir.

Parfumés d'odeurs bocagères,Ensoleillés d'agreste humour,Ils auront, comme les bergères,L'ingénuité dans l'amour.

M'y voici : la campagne est blonde,L'horizon clair et le ciel bleu.La terre est sereine, — et dans l'ondeSe mire le soleil en feu !

Là, fuyant code et procédure,Mon pauvre père, chaque été,Venait prendre un bain de verdure,De poésie et de santé.

Là, plus qu'ailleurs, pour ma tendresse,Son souvenir est palpitant ;Partout sa chère ombre se dresse,Dans ce pays qu'il aimait tant !

Sous le chêne aux branches glandées,Il me vient un souffle nouveau,Et les rimes et les idéesRefleurissent dans mon cerveau.

Je revois l'humble silhouetteDe la maison aux volets verts,Avec son toit à girouetteEt ses murs d'espaliers couverts ;

Le jardin plein de rumeurs calmesOù l'arbre pousse vers l'azur,Le chant multiple de ses palmesQui frissonnent dans un air pur ;

Les petits carrés de légumesBordés de lavande et de buis,Et les pigeons lustrant leurs plumesSur la margelle du vieux puits.

Plus de fâcheux, plus d'hypocrites !Car je fréquente par les présLes virginales margueritesEt les coquelicots pourprés.

Enfin ! je nargue l'attiranceÉpouvantable du linceul,Et je bois un peu d'espéranceAu ruisseau qui jase tout seul.

Je marche enfin le long des haies,L'âme libre de tout fardeau,Traversant parfois des saulaiesOù sommeillent des flaques d'eau.

Ami de la vache qui broute,Du vieux chaume et du paysan,Dès le matin je prends la routeDe Châteaubrun et de Crozan.

Dans l'air, les oiseaux et les brisesModulent de vagues chansons ;A mon pas les pouliches grisesHennissent au bord des buissons,

Tandis qu'au fond des luzernières,Jambes aux fers, tête au licou,Les vieilles juments poulinièresPlacidement lèvent le cou.

Le lézard, corps insaisissableOù circule du vif-argent ;Promène au soleil sur le sableSa peau verte au reflet changeant :

Dans les pacages d'un vert sombre,Où, çà et là, bâillent des trous,Sous les ormes, couchés à l'ombre,L'œil mi-clos, songent les bœufs roux.

Dressant leur tête aux longues cornes,Parfois les farouches taureauxPoussent, le long des étangs mornes,Des mugissements gutturaux.

Sur les coteaux et sur les pentes,Aux environs d'un vieux manoir,Je revois les chèvres grimpantes,Les moutons blancs et le chien noir.

Debout, la bergère chantonneD'une douce et traînante voixUne complainte monotone,Avec son fuseau dans les doigts.

Et je m'en reviens à la bruneTout plein de calme et de sommeil,Aux rayons vagues de la lune,Ce mélancolique soleil !

Versification

Forme
23 quatrains (quatrains)
Rimes
23(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
23 quatrains
Mots à la rime
a s'élance / silence féminine, classiqueb démons / monts masculine, classiquea solitude / d'étude féminine, classiqueb guérets / forêts masculine, classiquea notes / linottes féminine, classiqueb soupir / s'assoupir masculine, classiquea bocagères / bergères féminine, classiqueb humour / l'amour masculine, classiquea blonde / l'onde féminine, classiqueb bleu / feu masculine, classiquea procédure / verdure féminine, classiqueb été / santé masculine, classiquea tendresse / dresse féminine, classiqueb palpitant / tant masculine, classiquea glandées / idées féminine, classiqueb nouveau / cerveau masculine, classiquea silhouette / girouette féminine, classiqueb verts / couverts masculine, classiquea calmes / palmes féminine, classiqueb l'azur / pur masculine, classiquea légumes / plumes féminine, classiqueb buis / puits masculine, classiquea d'hypocrites / marguerites féminine, classiqueb prés / pourprés masculine, classiquea l'attirance / d'espérance féminine, classiqueb linceul / seul masculine, classiquea haies / saulaies féminine, classiqueb fardeau / d'eau masculine, classiquea broute / route féminine, classiqueb paysan / Crozan masculine, classiquea brises / grises féminine, classiqueb chansons / buissons masculine, classiquea luzernières / poulinières féminine, classiqueb licou / cou masculine, classiquea insaisissable / sable féminine, classiqueb vif-argent / changeant masculine, classiquea sombre / l'ombre féminine, classiqueb trous / roux masculine, classiquea cornes / mornes féminine, classiqueb taureaux / gutturaux masculine, classiquea pentes / grimpantes féminine, classiqueb manoir / noir masculine, classiquea chantonne / monotone féminine, classiqueb voix / doigts masculine, classiquea brune / lune féminine, classiqueb sommeil / soleil masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

92 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Dans Les Brandes, Poèmes Et Rondels, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, EDITEURS, 1883· numérisation poesies.net· Sources