Dans Les Brandes, 1877
La neige
Avec ma brune, dont l'amourN'eut jamais d'odieux manège,Par la vitre glacée, un jour,Je regardais tomber la neige.
Elle tombait lugubrement,Elle tombait oblique et forte.La nuit venait et, par moment,La rafale poussait la porte.
Les arbres qu'avait massacrésUne tempête épouvantable,Dans leurs épais manteaux nacrésGrelottaient d'un air lamentable.
Des glaçons neigeux faisaient blocsSur la rivière congelée ;Murs et chaumes semblaient des rocsD'une blancheur immaculée.
Aussi loin que notre regardPlongeait à l'horizon sans borne,Nous voyions le pays hagardDans son suaire froid et morne.
Et de la blanche immensitéInerte, vague et monotone,De la croissante obscurité,Du vent muet, de l'arbre atone,
De l'air, où le pauvre oiseletAvait le vol de la folie,Pour nos deux âmes s'exhalaitUne affreuse mélancolie.
Et la neige âpre et l'âpre nuitMêlant la blancheur aux ténèbres,Toutes les deux tombaient sans bruitAu fond des espaces funèbres.
Versification
- Forme
- 8 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 8(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 8 quatrains
- Mots à la rime
- a l'amour / jour masculine, classiqueb manège / neige féminine, classiquea lugubrement / moment masculine, classiqueb forte / porte féminine, classiquea massacrés / nacrés masculine, classiqueb épouvantable / lamentable féminine, classiquea blocs / rocs masculine, classiqueb congelée / immaculée féminine, classiquea regard / hagard masculine, classiqueb borne / morne féminine, classiquea immensité / obscurité masculine, classiqueb monotone / atone féminine, classiquea oiselet / s'exhalait masculine, classiqueb folie / mélancolie féminine, classiquea nuit / bruit masculine, classiqueb ténèbres / funèbres féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
32 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Dans Les Brandes, Poèmes Et Rondels, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, EDITEURS, 1883· numérisation poesies.net· Sources