Dans Les Brandes, 1877
Le petit fantôme
J'habite l'Océan,Les joncs des marécages,Les étranges pacagesEt le gouffre béant.
Je plonge sous les flots,Je danse sur la vague,Et ma voix est si vagueQu'elle échappe aux échos.
Je sonde les remousEt, sur le bord des mares,Je fais des tintamarresAvec les crapauds mous.
Je suis dans les gazonsLes énormes vipères,Et dans leurs chauds repairesJ'apporte des poisons.
Je sème dans les boisLes champignons perfides ;Quand je vois des sylphides,Je les mets aux abois.
J'attire le corbeauVers l'infecte charogne,J'aime que son bec rogneCe putride lambeau.
Je ris quand le folletSéduit avec son leurreL'enfant perdu qui pleureDe se voir si seulet.
Je vais dans les manoirsOù le hibou m'accueille ;J'erre de feuille en feuilleAu fond des halliers noirs.
Mais, malgré mon humourSatanique et morose,Je vais baiser la roseTout palpitant d'amour.
Les nocturnes parfumsMe jettent leurs bouffées ;Je hais les vieilles féesEt les mauvais défunts.
La forêt me chérit,Je jase avec la lune ;Je folâtre dans l'uneEt l'autre me sourit.
La rosée est mon vin.Avec les violettesJe bois ses gouttelettesDans le fond du ravin.
Quelquefois j'ose allerAu fond des grottes sourdes ;Et sur les brumes lourdesJe flotte sans voler.
A moi le loup rôdantEt les muets cloportes !Les choses qu'on dit mortesM'ont pris pour confident.
Quand les spectres blafardsRasent les étangs mornes,J'écoute les viornesParler aux nénuphars.
Invisible aux humains,Je suis les penseurs chauvesEt les poètes fauvesVaguant par les chemins.
Quand arrive minuit,Je dévore l'espace,Dans l'endroit où je passeOn n'entend pas de bruit.
Mais lorsque le soleilVient éclairer la terre,Dans les bras du mystèreJe retourne au sommeil.
Versification
- Forme
- 18 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 18(abba)
- Mètre
- Hexasyllabes
- Strophes
- 18 quatrains
- Mots à la rime
- a l'Océan / béant masculine, non classiqueb marécages / pacages féminine, classiquea flots / échos masculine, classiqueb vague féminine, classiquea remous / mous masculine, classiqueb mares / tintamarres féminine, classiquea gazons / poisons masculine, classiqueb vipères / repaires féminine, classiquea bois / abois masculine, classiqueb perfides / sylphides féminine, classiquea corbeau / lambeau masculine, classiqueb charogne / rogne féminine, classiquea follet / seulet masculine, classiqueb leurre / pleure féminine, classiquea manoirs / noirs masculine, classiqueb m'accueille / feuille féminine, classiquea humour / d'amour masculine, classiqueb morose / rose féminine, classiquea parfums / défunts masculine, classiqueb bouffées / fées féminine, classiquea chérit / sourit masculine, classiqueb lune / l'une féminine, classiquea vin / ravin masculine, classiqueb violettes / gouttelettes féminine, classiquea aller / voler masculine, classiqueb sourdes / lourdes féminine, classiquea rôdant / confident masculine, classiqueb cloportes / mortes féminine, classiquea blafards / nénuphars masculine, classiqueb mornes / viornes féminine, classiquea humains / chemins masculine, classiqueb chauves / fauves féminine, classiquea minuit / bruit masculine, classiqueb l'espace / passe féminine, classiquea soleil / sommeil masculine, classiqueb terre / mystère féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Dans Les Brandes, Poèmes Et Rondels, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, EDITEURS, 1883· numérisation poesies.net· Sources