Dans Les Brandes, 1877
La confidence
Tu me disais hier‖ avec un doux sourire :« Oh ! oui ! puisqu'il est vrai‖ que mon amour t'inspire,« Je m'en vais t'aimer plus encor !« Que pour toujours alors,‖ poète qui m'embrases,« La fleur de l'idéal‖ embaume tes extases« Dans un brouillard de nacre et d'or ! »
— Et moi, je savourais‖ tes paroles sublimes,Mon âme s'envolait‖ dans les airs, sur les cimes,Et l'énigme se dévoilait.L'étang pour ma pensée‖ étoilait ses eaux mornes,Et fraternellement‖ la stupeur des viornesAvec la mienne se mêlait.
Alors, je comprenais‖ le mystère des choses.Ce verbe de parfums‖ que chuchotent les rosesVibrait tendre dans mes douleurs ;Ce qui pleure ou qui rit,‖ ce qui hurle ou qui chante,Tout me parlait alors‖ d'une voix si touchanteQue mes yeux se mouillaient de pleurs.
Le bœuf languissamment‖ étendu près d'un sauleEt clignant ses grands yeux‖ en se léchant l'épauleQu'ont fait saigner les aiguillons ;Les veaux effarouchés,‖ trottant par les pelousesOù viennent folâtrer,‖ sur l'or bruni des bouses,Libellules et papillons ;
Le poulain qui hennit‖ avec des bonds superbesAuprès de la jument‖ paissant les hautes herbes,Les grillons dans le blé jauni ;Le soleil s'allumant‖ rouge dans les bruinesEt baignant de clartés‖ sanglantes les ruinesOù la chouette fait son nid ;
L'ânon poilu tétant‖ sa nourrice qui broute,La pie aux yeux malins‖ sautillant sur la route,L'aspic vif et les crapauds lourds,Le chien, la queue au vent,‖ et l'œil plein de tendresse,Approchant son museau‖ de mes doigts qu'il caresseAvec sa langue de velours ;
Les ruisseaux hasardeux,‖ les côtes, les descentes,Le brin d'herbe du roc,‖ et la flaque des sentes,L'arbre qui dit je ne sais quoi ;La coccinelle errant‖ dans la fraîcheur des mousses :Parfum, souffle, musique,‖ apparitions douces,La nature vivait en moi.
Versification
- Forme
- 7 sizains (sizains)
- Rimes
- 7(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (28 de 12, 14 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 7 sizains
- Mots à la rime
- a sourire / t'inspire féminine, classiqueb encor / d'or masculine, classiquec m'embrases / extases féminine, classiquea sublimes / cimes féminine, classiqueb dévoilait / mêlait masculine, classiquec mornes / viornes féminine, classiquea choses / roses féminine, classiqueb douleurs / pleurs masculine, classiquec chante / touchante féminine, classiquea saule / l'épaule féminine, classiqueb aiguillons / papillons masculine, classiquec pelouses / bouses féminine, classiquea superbes / herbes féminine, classiqueb jauni / nid masculine, non classiquec bruines / ruines féminine, classiquea broute / route féminine, classiqueb lourds / velours masculine, classiquec tendresse / caresse féminine, classiquea descentes / sentes féminine, classiqueb quoi / moi masculine, classiquec mousses / douces féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Dans Les Brandes, Poèmes Et Rondels, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, EDITEURS, 1883· numérisation poesies.net· Sources