Fin d’œuvre, 1919· Les songes (Dernières poésies)
Le bavard
Sa loquacité même a fait ma défiance.Cet homme doit avoir du remords entassé,Un fantôme sanglant au fond de son passé,Quelque monstre accroupi lourd sur sa conscience.
Certes ! il faut tout l’art, toute la surveillance,Tout le soin scélérat du mensonge exercéPour tenir un dehors aussi contenancé,Jouant au naturel la folle insouciance.
Allons donc ! Suspecteur maniaque, et ta raisonPour flairer ce bavard de ton mauvais soupçon ?Son âme épanouit sa bonne turbulence
Aussi franche, entends-tu ? que ses regards sont droits.– Mais alors, d’où lui vient ce frisson, chaque foisQu’il surprend ma parole espionnant son silence ?
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fin d’œuvre, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1919· numérisation crcrosnier.fr· Sources