Fin d’œuvre, 1919· Les songes (Dernières poésies)
Les deux extrêmes
Tandis qu’entre ses bras chaque mère ravieContemple son petit d’un regard tendre et fier,L’observateur le trouve effrayant. Né d’hier,Il lui semble être au bout d’une très longue vie.
Par ses mouvements courts, secs et tout d’une pièce,Par le rire baveux de sa bouche sans dents,Par sa tête chenue et ses grands yeux fondantsIl est un raccourci de l’extrême vieillesse.
Un maigre centenaire, un frêle nourrissonTremblotent, pour parler ils vagissent un son :Écoutant sans comprendre, ils entendent à peine.
Et le penseur troublé s’humilie entre eux deux,Voyant s’appareiller si frères, si hideux,Le tout neuf et l’usé de la machine humaine.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fin d’œuvre, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1919· numérisation crcrosnier.fr· Sources