Fin d’œuvre, 1919· Les songes (Dernières poésies)
L’abime des larmes
Ce soir l’esprit visionnaire,Qui me révèle l’inconnu,Chuchoteusement m’a tenuCe propos extraordinaire :
« Au fond de l’ombre et de l’effroi,Entre les marbreux territoiresPartout recouverts de croix noiresSous un ciel pâle toujours froid,
Il existe un océan vagueQui gémit plat sans une vagueUn abîme encor plus amer,Encore plus salé que la mer.
Et comme des formes de rêve,Innombrablement et sans trêve,Ne rencontrant d’autres écueils
Qu’eux-mêmes, rampent des cercueilsSur ce morne océan d’ébèneFait des pleurs de la race humaine. »
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fin d’œuvre, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1919· numérisation crcrosnier.fr· Sources