Fin d’œuvre, 1919· Les songes (Dernières poésies)
Les songes
Quand je les couvais pour ce livre,Ces poèmes d’horreur, de vie et de trépas,Je les gesticulais, je les parlais tout basSous la pluie et le vent, le soleil et le givre.
C’étaient mes spectres ! tels, soufflés par la natureMe despotisaient gravement ;D’autres nés de ma peur et de mon navrementMe hantaient jusqu’à la torture.
Mais tous également ils prenaient mon sommeil,L’ombre dans mon esprit les tenait en éveilM’hallucinant de ses mensonges ;
Que de fois les minuits m’en virent frissonner !Alors, en vérité pouvais-je, leur donnerUn nom plus souffert que les Songes.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fin d’œuvre, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1919· numérisation crcrosnier.fr· Sources