Fin d’œuvre, 1919· Interprétations de poésies d’Edgar Poë
Un rêve
Dans les visions de la nuit,J’ai rêvé l’espoir qui m’a fuiAu point d’oublier mon ennui,Et mes alarmes.Mais le réveil plein de clarté,De vie et de réalité,M’a laissé là, l’œil hébété,Le cœur en larmes !
Rêver éveillé : quels calmantsEt béatifiques moments !Oh ! ce qu’ils ont d’enivrementsDe toutes sortesPour le poète infortunéQui, dans son œil halluciné,A le reflet enracinéDes choses mortes.
Ce songe adorable, tandisQue hurlaient les vivants maudits,Ce beau rêve du ParadisDans le mystère,A réchauffé mon cœur chagrin,Comme un astre doux et sereinQui guide l’esprit pèlerinEt solitaire.
Et certes quoiqu’elle tremblâtSi loin, cette lumière-là,N’avait-elle pas plus d’éclatEt moins de rides,Dans l’orage et l’obscurité,Que l’astre de la véritéQui luit dans l’azur détesté,Des cieux torrides !
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fin d’œuvre, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1919· numérisation crcrosnier.fr· Sources