La nature, 1892
La bonne bête
Sa léchade à tel coin du gite ou du cheminMe semble le baiser de la bonté suprême ;Et sa patte qu’il vient me tendre de lui-mêmeEst pour moi le meilleur des serrements de main.
Dans sa fidélité je vois le pur emblèmeDu dévouement obscur et presque surhumain ;Ce qu’il était hier, il le sera demain :Toujours flattant naïf, aimant sans stratagème.
C’est pourquoi, quand je l’ai battu comme aujourd’hui,A propos d’un méfait tout naturel pour lui,Sur-le-champ, j’en éprouve un regret, j’en frissonne…
Car, il n’a pas compris mes coups, je le sens bien !L’ébahissement règne en cette âme de chienQui, navré, me regarde ainsi qu’une Personne.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La nature, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1892· numérisation crcrosnier.fr· Sources