La nature, 1892
Les petites croix
Tiens ! voilà qu’encor j’aperçoisUne toute petite croixObliquement plantée en plein cœur dans la grande !C’était seulement une, il y a quelques mois…A présent, c’est toute une bande !On honore de cette offrandeChacun de ces passants renfermés dans du bois,Pour qu’au cimetière il se rendeMieux béni chez ses hôtes froids.Or, depuis bien des autrefoisOn a déserté cette lande…Par ce chemin dont la légendeA fait la route des effroisIl ne passe plus de convois.Alors, qui ? Je me le demande,Vient planter ces petites croix ?Sans doute, quelque fou, solitaire et sournois,Quelque damné peut-être ? En tout cas j’appréhendeL’une ou l’autre rencontre en de pareils endroits,Et je me sauve avant que la nuit ne s’étende.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La nature, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1892· numérisation crcrosnier.fr· Sources