Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La nature, 1892

Le champ de blé

Maurice Rollinat· strophes variées, octosyllabes, 44 vers

Bordé d’arbres très vieux où d’une patte alerteGeais et piverts grimpaient en mariant leurs cris,Le petit champ de blé dormait sous les cieux gris,Triangle jaune, au sein d’une immensité verte,

Au milieu d’un désert, dans un cadre chagrinDe rocs monstres, de bois spectres, d’âpres collines,Entre des joncs, des houx, des genêts, des épines,D’un mouillé dénonçant la bourbe du terrain.

Ressortant sur ce louche et vaste marécage,Dans un océan vert, espèce d’îlot blond,Ce champ vous surprenait : sous la voûte de plomb :Il devenait terrible en ce pays sauvage.

Il était si perdu, si loin d’une maison !A croire qu’un génie, amant de la nature,L’avait ainsi planté pour offrir la pâtureAux oiseaux besoigneux dans la froide saison.

Bluets, coquelicots, tiges entremêlées,Ici, là, montaient haut presque jusqu’aux épis ;Ailleurs, sous des chardons violets assoupis,Le froment rabattait ses têtes barbelées.

Et muet et léger comme un zéphir d’étéSur un étang cuivreux engourdi dans sa vase,L’insecte nonchalant voltigeait en extaseSur cette nappe d’or dans l’immobilité.

Mais déjà, par endroits, trouble, mal épandue,La lumière du jour ne se trahissait point ;Et de grandes vapeurs s’élevant sur tel point,Tachaient d’ombre le vide affreux de l’étendue.

Un chaud morne et brumeux ! d’air ? pas même un soupçon,L’écho restait figé dans sa caverne sourde,Et le vague emplissait cette atmosphère lourdeOù l’arôme étouffé stagnait comme le son.

Peu à peu le soleil trouant la nue à peineTeinta ses voiles gris du sang de ses rayons,Et, bientôt, les hiboux, reptiles et grillons,Ne firent qu’une voix ligneuse et souterraine.

Tous les oiseaux criards maintenant avaient fui ;La stupeur écrasait les chênes et les hêtres,Ce monotone accent des invisibles êtresAjoutait au silence un mystère d’ennui.

Et le soir vint : le vent toujours sans remuage,Effleurait ce grand blé d’insensible façon,Juste assez pour qu’il eût un semblant de frissonDans le croupissement de l’air et du feuillage.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
3[abab] 1[abba] 1[ababb]
Mètre
Octosyllabes
Mots à la rime
a alerte / gris masculine, classiqueb cris / verte féminine, classiquea chagrin / épines féminine, classiqueb collines / terrain masculine, classiquea marécage / plomb masculine, classiqueb blond / sauvage féminine, classiquea maison / saison féminine, classiqueb nature / pâture masculine, classiquea entremêlées / assoupis féminine, classiqueb épis / barbelées / d’été masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La nature, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1892· numérisation crcrosnier.fr· Sources