La nature, 1892
Le roi-silence
Encor sur la côte et la brandeCe déluge sec et frôlantTombant ouaté sans qu’on l’entende !
La neige a tout drapé de blanc.Sur les choses dans leur suaireLe silence trône accablant,
Car, maintenant, pour sanctuaireIl a tout l’espace plongéDans une stupeur mortuaire.
Le grand lac était si figéQu’il s’est couvert comme la terre,A mesure qu’il a neigé.
Même horreur et même mystère !Confondus sous le même enduit,Tous deux ne font qu’un pour se taire.
S’il passe un oiseau, c’est sans bruit,A la manière d’un fantômeQui traverse un mur dans la nuit.
Si le vent circule, un arômeNe voltige pas plus fluet.Rien ne trouble en son blanc royaumeL’effrayant monarque muet
Telle est donc l’affreuse rigueurDe ce silence opaque et froid qu’il vous condamneA n’entendre que les hou-hou de votre crâneEt les toc-toc de votre cœur !
27 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La nature, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1892· numérisation crcrosnier.fr· Sources