La nature, 1892
Magie du soir
Par les effets de sa peintureQu’il tire du ciel et des airs,Le Soir, surtout dans les déserts,Est le sorcier de la Nature.
Son vague rend l’œil circonspectEt l’esprit subit l’influenceDe son mystérieux silenceEt de son murmure suspect.
Ses trames grises qu’il machineAvec tant de solennitéDéguisent la réalitéEt montrent ce qu’on imagine.
Partout l’étrange MagicienPratique ses métamorphoses,Pour grandir les petites chosesNul autre charme que le sien !
Hier, dans une immensité verte,J’admirais une flaque d’eau.Par degrés il l’eût recouverteD’un vaporeux petit rideau,
Puis, sa brise, mais si peu forte !…Vint y mettre une feuille morte.Alors, songeant au gouffre amer,Dans la flaque je vis la Mer…Où, tout seul, un canot sans voilesFlottait au lever des étoiles.
26 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La nature, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1892· numérisation crcrosnier.fr· Sources