Les apparitions, 1896· La nature et l’art
III. « Cette fois, le grinçant poète »
Cette fois, le grinçant poèteTrouve en lui le désert béantEt s’aperçoit que le NéantEst le monarque de sa tête.
Sans mordre au sujet il se ronge,Il se perd dans la nuit des mots ;Horreur ! tel que les animaux,Il sent, il considère, il songe.
Puis, quand l’orgueil à la torture,Il s’est désespéré, maudit,Un jour, à la longue, il se ditAu froid conseil de la Nature :
« L’Art sans trêve était ton bourreau !Tu ne béniras jamais tropL’épuisement qui t’en délivre.
Fais donc fête à ton corps qui rit,Et simple d’âme, enfant d’esprit,Vis ! pour le seul bonheur de vivre ! »
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources