Les apparitions, 1896
L’ogre
Pleine mer et plein ciel ! sur ces deux infinisEn même temps le soir lentement met un voile,Le vaisseau dans le vent qui fait claquer sa voileA tous les matelots sur son pont réunis.
Boulet aux pieds – drapés rigides dans leurs toiles,Les morts, attendant là, viennent d’être bénis,Et, soudain, balancés sur les flots rembrunis,Y sombrent – entrevus sous un frisson d’étoiles.
Or, le grand ogre de la merÉtait là reniflant la chair,La chair d’homme qui vient des havres,
Et l’abîme voit trois rôdeursTournoyer dans ses profondeurs :Un requin avec deux cadavres.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources