Les apparitions, 1896
La forme blanche
Sur la côte, du bord d’une rivière d’huileQui roulait ses flots gris sous les cieux inquiets,Loin, loin, vague à travers les feuilles, je voyaisUn très haut cheval blanc qui se mouvait tranquille.
Aux tournants de la route, aux creux de chaque pente,Brusque, il disparaissait pour surgir de nouveau,Montrant lourdeur de plomb, roideur de soliveau,Dans son allure grave et qui semblait rampante.
C’était certe un cheval ! Cela ne devait êtreAutre chose ! et, pourtant, je pouvais en douter…Son aspect ambigu me faisait hésiter…Puis, je m’apercevais qu’il avait bien des maîtres.
Oui ! des gens modelant leur marche sur la sienne,Avec je ne sais quel singulier apparat,Le suivaient… Et je fus, autant qu’il m’en souvienne,
Tout saisi quand passa juste devant mes saulesAu lieu d’un cheval blanc, un cercueil sous un drapQue portaient six géants sur leurs larges épaules !
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources