Les apparitions, 1896
Le spectre
Au funèbre éclat des bougies,Cœur trouble, regard incertain,Tout seul, chez lui, le libertinSe repose de ses orgies.
Et, comme l’heure se dévide,Lente et morne – au coin de son feuIl bâille, et s’assoupit un peuEn face d’un grand fauteuil vide.
Sa somnolence terminée,Il trouve – alors tinte minuit –Un spectre occupant devant luiL’autre coin de la cheminée.
Dans ce fauteuil à dossier droitCet assis, fantôme-squeletteSur qui la flamme se reflèteEst déjà d’un horrible effroi.
Quelle n’est pas son épouvante,Quand, par degrés, il voit dessusSe recomposer les tissusDe la chair humaine vivante !
Et, l’ossature se revêtDe toutes ses anciennes choses,Avec bouche rouge, ongles roses,Cheveux, cils, sourcils et duvet.
Cela devenu maintenantUn corps de femme frissonnant,A la peau fraîche et point blafarde,
Lui sourit, moite, à belles dents,Du mouillé de deux yeux ardentsConvoiteusement le regarde.
Et, son vice étouffant sa peur,Le luxurieux qui soupireRevient assez de sa stupeurPour s’entrelacer au vampire.
34 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources