Les apparitions, 1896
La montre
Au lieu d’accroître l’existencePar son ignorance du temps,L’homme en compte tous les instants,La raccourcit avec une horrible constance.
Sans trêve le calendrierRedit son âge et le lui montre.Il avait fait le sablier !Il a fallu qu’il fît la montre :
Cela qui vit, travaille, a des pulsationsTout comme le sang de ses veines,Pour, – mesurant leur cours, – rendre encore plus vainesSa pensée et ses actions.
Il l’a partout sur sa poitrine,Y battant presque avec son cœur,Cette mécanique chagrineQui, de ses tristes jours, avec tant de rigueur.Suit, en la divisant, l’incertaine longueur.
Maint souffrant se surprend souvent à l’éviter,Frissonne de la consulter,Car, hélas ! plus on souffre et plus on se défie !Il ne peut retarder sans tracCette bête ronde à tic tacPar secondes, mangeant sa vie.
23 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources