Les apparitions, 1896
Dans une cuisine
Avec une morne indolence,Quelques mouches viennent et vontEn zigzags, des murs au plafond.Leurs bourdonnements pleins de somnolenceEndorment la cuisine, y fontL’ébahissement plus profondEt plus magique le silence.Or, tout en voisinant sur un plancher moisiA ce tout petit ronflement des mouches,Le grand couteau dit au fusilQui laisse voir le rond cuivré de ses cartouches :« Toujours trancher du lard, des viandes, ça me fâche !Au lieu d’entrer dans du pain rond,Je voudrais m’enfoncer dans le cou du patron…Par ses propres mains. Oui ! mais… il est bien trop lâche. »Le fusil lui répond : « Perdrix, caille ou bécasse,Lièvre, toujours même gibier !C’est le maître qu’un jour je voudrais foudroyer…Oui ! mais… il a bien trop de prudence à la chasse !Du fond de son panier un champignon hideux,Un cèpe énorme dit : « Eh bien ! mieux que vous deuxJe saurai le tuer, moi, l’humble friandise !Il me croit bon : je suis mauvais !Et, sans qu’il s’en doute, je vaisPouvoir l’empoisonner, grâce à sa gourmandise ! »
25 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources