Les apparitions, 1896
La tête de mort
Au crépuscule, un jour, près d’un vieux cimetière,Je reculai devant une tête de mortQui, m’étant apparue immobile d’abord,Se mit à trébucher d’une étrange manière.
J’osai la soulever et je vis, par ses trous,Bougeant, pelotonnée, une forme pansue,Quelque chose de noir, de marbré jaune et roux :Un crapaud renfermé qui cherchait une issue.
Ah ! combien l’aspect de la bêteMe les fit concevoir affreuxLes jours passés du malheureuxReprésenté par cette tête !
Et, dans le soir, mon âme en frémissant se dit :« L’âpre fatalité contre l’être mauditNe s’est donc pas encor lassée
Que le songe d’horreur qu’il vécut ici-basRampe toujours depuis un si lointain trépasDans la boîte de sa pensée ! »
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources