Les apparitions, 1896
Les deux squelettes
Ce chêne gigantesque, écorché, sec, chenu,Aux regards n’était pas pourtant tout à fait nu…Car, il montrait cordée à sa plus grosse brancheUne carcasse humaine aux trois quarts nette et blanche.Et je pensai devant le spectral inconnu :
« Pourquoi choisir exprès dans ce bois, pour se pendre,Juste le plus vieil arbre et le plus haut encor ?…– Voulut-il – c’est du moins ce que je crois comprendreSymbolisant ainsi son besoin de la mort,
Être plus près du ciel pour mieux railler le sort ? »Mais le chêne en dépit de l’infâme dépouilleRestait fier sous sa mousse et ses lichens de rouille,Et, le flambant soleil qui les cuisait tous deux
Semblait me dire à moi blême et froid comme un marbre :– « Hein ! le squelette humain est-il assez hideux,Assez vil à côté du squelette de l’arbre ! »
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources