Les apparitions, 1896
Les deux réveils
Laissé seul, le défunt qui n’était qu’endormi…Dans une odeur de cierge et d’encens se réveille :Il en a froid aux os ! mais, il prête l’oreille…Ce bruit-là… c’est ! comment ! Il en a refrémi.
O sacrilège affreux ! par une nuit pareille,Sa femme qui le trompe avec son vieil ami !Épouvantable, il guette… et, quand, las et blémi,Le couple scélérat profondément sommeille,
D’un grand nœud passé brusque et serré tout d’un coupIl étrangle l’amant qu’il porte il sait bien où…Et l’autre, le matin, jusqu’au lit mortuaire,
Pleine d’horreur, s’avance au bras de son épouxQui ricane en grinçant : « Dites ? qu’en pensez-vous ?N’est-ce pas que ce mort fait bien dans mon suaire ? »
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources