Les bêtes, 1911
La souris brune
Le petit chat qui ne sait pas,A pris pour une souris bruneUn crapaud que le clair de luneA fait sortir de son mur bas.
Dos oblique, pattes pliées,Ses flancs battant égaux, bien doux,Comme son goître, à petits coups,La pauvre bête extasiée
Là, dans la plus morte des poses,Figeant son accroupissement,Regarde le vague dormant,Écoute respirer les choses.
Le chat, de ses prunelles vertes,Guigne le crapaud qu’il voudrait ;Il tourne autour, reste en arrêtDevant lui qui demeure inerte.
Il s’en approche, mais sans hâte,Est-ce une bête ? Est-ce un objet ?Il le flaire et, patte en crochet,A reculons, preste, il le tâte.
S’il eut souvent plus d’une rixeAvec maint rat récalcitrant,Celui-là n’est pas rassurantPar son immobilité fixe.
A la fin, sous la grande lampe,Ayant assez bu de stupeur,Le crapaud sort de sa torpeur,S’ébranle pesamment et rampe.
Oh ! c’est bien encore pis ! AlerteDevant ce mulot limaçon,Le petit chat, pris d’un frisson,Abandonne sa découverte.
Et, tandis que l’autre graviteVers les trous du vieil escalier,Lui va chercher dans son grenierDes souris qui marchent plus vite.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les bêtes, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1911· numérisation crcrosnier.fr· Sources