Les bêtes, 1911
Le ciron
Corps sensible,Si vivant…DécevantD’invisible,
Pur fantômeDu menu,Pour l’œil nuPresque atome,
Le cironVa, vient, cherche,Descend, perche,Sûr et prompt.
MiniatureDu petitQue nantitLa nature,
D’abondance,De sens clair,Et d’un flairDe prudence,
Il pâtureOù qu’il soit,Reste coi,S’aventure.
Être, objet,Rugueux, lisse,Il y glisseSon trajet.
Il a tout :Attitudes,Habitudes,Humeurs, goût,
Genre, usage…S’il lui plait,Il est sageOu follet.
Il se livreAu secretSi discretDes vieux livres.
Solitaire,Clos, casé,Tout griséDe mystère,
Il vit là,Dans leurs feuilles,Se recueilleBien à plat.
Sans témoin,Dans cette ombre,Dont s’encombreSon recoin,
Tout poudreuxDes années,Passe heureuxSes journées.
Tel il est,Particule,MinusculeOu fluet.
Tel il erre,Brin du brin,Moins qu’un grainDe poussière.
Joli rien,Rêve, existe,Dors, subsiste,Tenant bien
Ton manège,Inconnu…L’exiguTe protège.
Mais, pressensLes sévèresRonds de verresGrossissants,
84 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les bêtes, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1911· numérisation crcrosnier.fr· Sources