Les bêtes, 1911
Les Nécrophores
Exhalant un musqué relent de sépulture,Tête âpre, levier-pince en sa courte structure,La jambe opiniâtre aux labeurs continus,Fauves, tigrés de noir à dentelés ténus,Bracelant leur dessus d’une rouge peinture,Tels, par les coins plutôt broussailleux que chenus,Les nécrophores vont flairer à l’aventureCherchant pour les enfouir des défunts inconnus.
Ils se pressent ! Alors, plus de pas retenus,Chaque patte à l’envi manœuvre sa jointure,Avant la mouche à viande en quête de pâture,Il faut qu’à la charogne ils soient tous parvenus !La ronce, les ajoncs, les glands, les cailloux nus,Autant d’obstacles… Bah ! leur patience endureTout ! jusqu’à la rafale aux souffles biscornusQui, souvent sur le dos, d’un seul coup les posture.Ils emportent, crispés d’efforts, à la torture,Souris, oiseaux, orvets lisses, crapauds grenus,Pour eux meilleurs encor, surtout les bienvenus,Quand leurs teinte et fumet chantent la pourriture.
Souvent, je les observe à regards soutenus,Vrais fossoyeurs subtils, fouisseurs en miniature,Enterrant dans leurs trous des squelettes menusEt des cadavres gras, bien entiers, bien charnus,Leur faisant à la fois le lit, la nourriture,De la vie en ferments pour leur progéniture,Et j’aime, admirateur de leurs soins ingénus,Ces petits croque-morts de la grande natureQui vont par monts, par vaux, flairer à l’aventure,Cherchant pour les enfouir des défunts inconnus.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les bêtes, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1911· numérisation crcrosnier.fr· Sources