Les bêtes, 1911
Le nid de margot
Sous le ciel azuré, brumeux, noir ou livide,Pourrissant au fin bout du svelte peuplier,Le grand nid de margot croupit, morne à bâillerL’ennui de sa vieillesse et l’horreur de son vide.
A l’abandon, frôlé là depuis des annéesDu vol indifférent d’oiseaux de tous climats,Dans la pluie et le vent, les soleils, les frimas,Il arbore sa coupe aux épines damnées.
Mais une fois, avec ce cri dont on l’appelle,Un coucou solitaire, en palpitant de l’aile,Y dépose ses œufs par un calme soir brun ;
Et transformé bientôt en un berceau d’emprunt,Sous la chaude couvée inquiète et ravie,Le vieux nid de margot retrouve encore la vie.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les bêtes, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1911· numérisation crcrosnier.fr· Sources