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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les bêtes, 1911

Les hochequeues

Maurice Rollinat· 62 vers

Leur plumage aimant souffle et pluieEt se délectant des chaleursHarmonise en ses trois couleursLa neige, la cendre et la suie.

Silencieux dans leur roideur,Ils auraient un air de tristesse,Mais leur queue avec tant d’ardeurDit que la joie est leur hôtesse !

Ne leur faisant le corps si longQue pour mieux exprimer leur âme,Oui ! leur queue atteste et proclameLeur libre bonheur vagabond !

Bougeant sans cesse elle reflèteLeur perpétuel insouci,Le rire et le sourire aussiDe leur humeur toujours follette.

D’un sempiternel mécaniqueVa ce svelte organe enchanté,Rendant l’éclat de leur gaietéQui sans trêve s’y communique,

Quelle grâce ont ces hochementsPrès des moulins, des ponts en arche !Ils affinent leurs mouvements,Délicatisent leur démarche.

Ces doux oiseaux errants pour le plaisir des yeuxAdoucissent l’horreur des ravines sauvages,Voltigeoteurs de l’onde et danseurs des rivages,Ils sont les rassurants du songeur anxieux.

Tandis que, vue un soir en tel creux insalubre,Une bergeronnette au plumage de mort,Noire et le masque blanc va hochant si lugubre,Qu’elle a tout l’air de vous jeter un mauvais sort.

Fous d’espace, les hochequeues,Au long de l’eau, mutins, fringants,Alternent de vols zigzaguantsLeurs petits pas qui font des lieues.

Loin des villes et des banlieues,Au val du lierre et du brigand,Sur l’affilé, sur le piquant,Ils musardent, les hochequeues !

Ils se grisent d’air pur et quandApparaît au ciel, à la queueDu soleil mort, s’effilochant,

La lune rose, blême et bleue,Alors, mais toujours en voguant,Rentrent au nid les hochequeues.

Bergeronnettes, lavandières,Dès l’aube, au premier chant du coq,Suivent les bœufs tirant le soc,Sont leurs compagnes familières.

En capote, à l’abri d’un roc,La pastoure, dans ses bruyères,S’amuse à voir sauter, ploc-ploc,Bergeronnettes, lavandières.

J’admire onduleux, sur les pierres,Leur petit corps si peu mastocDont la queue aux prestes manièresBat la fraîcheur dans la lumière,

Évente le sable et les rocs.Quelles sont les grâces des blocsEt les sylphides des rivières ?Bergeronnettes, lavandières.

62 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les bêtes, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1911· numérisation crcrosnier.fr· Sources