Les bêtes, 1911
Le rouge-gorge
Le petit oiseau de la font Saint-GeorgeNe picore plus sur le sol tout blanc.Transi par le froid, hérissé, tremblant,Frileusement il se rengorge.Voici qu’il aperçoit tout au fond d’une gorge,Un grand carreau qui flambe, il s’y dirige lent.Oh ! le beau soleil jaune et rouge étincelant !La chaleur règne ici, bien sûr on en regorge,Donc il tape du bec à la vitre en volant,Le maréchal alors quitte sa forge,Le fait entrer, le flatte et tout en lui parlant,Le gave de blé, de chenevis, d’orge.Comme il serait bien là ! Pas de chien turbulent,Ni de chat dont la griffe égorge.Rien qu’un bon vieux tout seul, tranquille et cajôlant.Mais fidèle, le soir, la terre dégelant,Le pauvre petit rouge-gorgeS’en revint à la font Saint-George.
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les bêtes, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1911· numérisation crcrosnier.fr· Sources