Les bêtes, 1911
Les deux compagnons
Cet énorme cheval et ce tout petit âne,Frères en coups de fouet, en jeûnes, en labeur,Ont pris les mêmes airs d’angoisse et de stupeur,Pensent le même effroi dans la nuit de leur crâne.
A force de tirer côte à côte, en souffrant,Ils ont suppléé presque au manque de langagePar des mouvements d’yeux, d’oreilles, et je gageQu’entre eux braire et hennir est un parler courant.
Aussi, lorsqu’en leur pré d’herbe courte et mauvaise,De la sorte, ils ont pu converser bien à l’aise,Alors c’est du délire après l’épanchement.
Pleins de la belle humeur que l’un à l’autre insuffle,Ils se roulent en chœur, et simultanémentSe relèvent tous deux pour s’embrasser le mufle.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les bêtes, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1911· numérisation crcrosnier.fr· Sources