Les bêtes, 1911
Mort de pistolet
Mon fidèle partout, sûr en toute saison,Par qui je ruminais des chimères meilleures,Ma vraie âme damnée, humble à toutes les heures,Mon ami des chemins comme de la maison.
Mon veilleur qui, pour moi, faisait guetter son somme,Qui, par sa tendre humeur, engourdissait mon mal,M’offrant sans cesse, au lieu du renfermé de l’homme,Dans ses bons yeux parlants, son âme d’animal.
Il repose à jamais là, mangé par la terre,Mais je l’ai tant aimé, d’un cœur si solitaire,Que tout son cher aspect, tel qu’il fut, me revient.
L’appel de mon regret met toujours à mes trousses,Retrottinant, câlin sous ses couleurs bruns-rousses,Le fantôme béni de mon pauvre vieux chien.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les bêtes, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1911· numérisation crcrosnier.fr· Sources